patrickbruel

A propos de HH

Hubert Harry ou HH pour les intimes... un an de yeshiva en terre sainte. Minuit, je bois de l’Absolut dans un gobelet en plastique, beaucoup trop habillé dans mon costume Prada par dessus mes « tsitsits » et ces chaussure Gucci, et j’avale un xanax ou plus précisément un Alprazolam. une cigarette se consumant entre mes doigts la. Mon Blackberry vibre « paracha chemot ; entrée du chabat 20H30 – sortie 21H37, je tâte la kippa du mariage de ma sœur dans ma poche revolver et saute dans un taxi pour l’office du shabat. C'est comme ça que je suis devenu le fêtard déjanté qui traversait les boites bondées avec « voyage au bout de la nuit » de Céline et mon Tehlim de poche du Roi David , en saignant du nez et en posant des questions qui n'appelaient pas la moindre réponse. C'est comme ça que je suis devenu le garçon terrifié par les femmes mais qui toujours embrasse les mezouzots en sortant d’une pièce.

Lettre posthume à mon grand-père

Par le 19, septembre 2012
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grand-père

A la demande de notre chroniqueur H.H, Streeisrael a choisi de publier cette lettre posthume. (certaines choses sont écrites comme le destin; les chroniques de H.H s’inscrivent d’habitude dans la rubrique « Esprit es-tu là ? »…)

Ça y est, il est mort. Je devrais être soulagé, mais je ne suis pas soulagé. Papi est mort. Pourquoi est il encore là dans ce cas ? Je peux le voir, il est apaisé, cela se voit.

Il est terriblement, beau soldat de d’ieu fatigué, allongé, les mains croiseés sur le ventre, couronné du couvre-chef mystique, enroulé dans son immense châle de prière, épiderme divin des hébreux, descendant du Roi David,  sa longue barbe blanche majestueuse habille son coup d’une parure quasi lumineuse.

Derrière  mon épaule au dessus de lui, un homme pleure très fort, et j’ai cru que c’était moi. Mais non, je n’ai pas pleuré, je n’ai rien dit, j’ai les mains dans mes cheveux, mes lunettes glissent, je ne pense à rien, je ne peux pas pleurer, je ne peux pas m’effondrer, j’attends que les gens arrivent, j’attends un moment décent pour sortir de cette chambre, je suis monstrueux, je ne sais plus où j’en suis, je ne sais plus qui je suis, je suis sonné, je sais que je me hais.

Ce n’était plus vraiment lui depuis des semaines, cette chose, là, reliée à ces tuyaux. Ce papi qui ne sort plus de son lit au matelas gonflable anti-escarres. Qui bave ses repas. Qui  a la langue qui colle contre son palais. Mais il était vivant. Encore. Quand même.

Etre en vie, maintenant, pour lui c’est fini, vraiment fini, fini fini fini, plus d’amour, plus de mensonges, de rires, fini les larmes de café réchauffé au micro-onde. Il n’écoutera plus  ses petits-enfants lire les psaumes de David sous la contrainte, plus jamais il ne prendra des nouvelles de ma « fiancée », même plus  juste respirer.

Je n’arrivais pas a pleurer, ni rien, j’étais juste la, debout dans mon costume noir, ma cravate tressée autour du coup.

Je voulais faire comme les autres mais j’en étais incapable, je ne comprenais pas.

Le texto m’avait fait l’effet d’une surdose d’héroïne en intraveineuse, très courte, mais intense, j’ai failli glisser de mon siège, mais non j’ai tenu bon, je tiens toujours bon. « C’est fini, il est mort ».

Depuis, j’étais stone, je plane, je glisse entre la folie en attendant le bad, la descente, aucune drogue ne dure aussi longtemps,

J’ai passé des années a me complaire dans le malheur, l’utiliser.  Peu de gens ont la chance de la connaître cette drogue dure : le malheur;  gratuite, puissante elle est dévastatrice.

J’étais accro au malheur au point de survoler ce monde, au point d’être devenu un petit fils indigne, un héritier en carton, incapable de se tenir correctement pendant un deuil.

Ces putes ont fait de moi un cœur de pierre incapable de ressentir quoi que ce soit, impassible, une putain de coquille.

Je suis innocent.

H.H