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A propos de Jérome D.

Je m’appelle Jérôme. Jérome Duforest. Les apparences ne sont pas trompeuses. Je ne suis pas juif. Je n’ai pas d’amis juifs dans mon entourage. Pas d’amis israéliens non plus. D’ailleurs, je ne connais pas Israël. Mais à vrai dire, cela n’ a absolument aucune importance, parce que je n’en parlerai pas…enfin pas pour le moment..

Les chroniques d’un obsédé textuel – ep.3

Par le 3, octobre 2012
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[pullquote1 quotes="true" align="center" variation="hotpink"]Je m’appelle Jérôme. Jérome Duforest. Les apparences ne sont pas trompeuses. Je ne suis pas juif. Je n’ai pas d’amis juifs dans mon entourage. Pas d’amis israéliens non plus. D’ailleurs, je ne connais pas Israël. Mais à vrai dire, cela n’ a absolument aucune importance, parce que je n’en parlerai pas…enfin pas pour le moment…[/pullquote1]


Si vous n’aviez pas lu le 1er épisode

Si vous n’aviez pas lu le 2ème épisode


 

L’agent de sécurité : « Ou habitez-vous ? »

Moi : « A Paris »

L’agent de sécurité : « C’est la première fois que vous voyagez en Israël ? »

Moi : « Oui toute première fois » , répondis-je en  ne pouvant m’empêcher de reprendre dans ma tête la chanson de Jeanne Mas.

L’agent de sécurité « Où vous rendez-vous exactement ? »

Moi : « A Tel Aviv »

L’agent de sécurité« Où à Tel Aviv ?«  surenchérit immédiatement l’agent

Moi : « Euh…Je ne sais pas, on vient me chercher. »

L’agent de sécurité :  »Qui vient vous chercher ? »

Moi : « Une amie  »

L’agent de sécurité :  »Votre petite-amie ?« 

Moi :  » Oui…enfin non… pas encore, pas vraiment ?  C’est compliqué car je… »

L’agent de sécurité :  »Qu’est ce qui est compliqué ? C’est votre petite-amie oui ou non ? »

Moi : « Oui » , répondis-je un peu decontenancé. Je sentais bien que l’homme commençait à s’impatienter sérieusement. Son allure froide et rigide tranchait avec ses paroles dont l’accent méditérannéen donnait l’impression qu’il les chantait. Quoiqu’il en soit son français était impeccable, presque soutenu.

L’agent de sécurité :  »Elle habite à Tel Aviv ? »

Moi : « Oui »

L’agent de sécurité :  »Je ne comprends pas. C’est la première fois que vous voyagez en Israël, elle habite là bas, vous ici, mais c’est votre petite amie ? »

Moi : « Oui »

L’agent de sécurité :  »D’où la connaissez-vous ? »

Moi : « Sur facebook, en fait, c’est assez… »

L’agent de sécurité :  »Sur facebook ?« 

Moi : « Oui sur facebook. En fait c’est c’est assez compliqué et long à expliquer et l’heure tourne, je n’ai pas envie de rater mon avion. »

L’agent de sécurité :  »Ecoutez jeune homme. Ici c’est moi qui décide de l’heure qu’il est, c’est moi qui décide si vous montez dans l’avion ou non, et si j’ai, ne serait-ce qu’un seul doute vous concernant,  alors il se peut très bien que celui-ci parte sans vous. Vous allez donc m’accompagner à ce petit bureau là bas, dans lequel vous m’expliquerai votre histoire qui d’ores et déjà s’avère tout à fait passionnante.« 

Fidèle à sa promesse, l’agent m’accompagna dans un étroit cagibi, faisant office de salle d’interrogatoire, et dont le décor, volontairement étudié ou pas, réussissait sans aucun mal à mettre dans l’ambiance ses invités dès leur entrée.

L’agent de sécurité « Je vous écoute, cher Monsieur. Monsieur comment déjà ? »

Moi : « Duforest, Jérôme Duforest. »

L’agent de sécurité «  Je vous écoute Monsieur Jérôme Duforest « 

¤

C’est ainsi qu’à 4h30 du matin, ce lundi  du 21 mai 2012,  je commençais à raconter mon histoire au bureau de la sécurité d’ El Al du  terminal 2A de Roissy .

 » Tout commença comme tout commence d’habitude. J’envoyai plusieurs hameçons à la fois sur des boites aux lettres facebook, après bien entendu un examen approfondi des photos et profils de mes cibles (RISK, cf épisode 2). Ma technique est parfaitement rodée, et fonctionne quasiment à chaque fois. Le message était prêt, étudié, et je n’avais plus qu’à faire un copier/coller :


Ecoute , à vrai dire je suis effondré…totalement effondré. Tu sais comme je l’ai aimé, tu sais comme je suis profondément honnête dans ce genre de situation, mais elle m’a blessé, trahi. J’ai toujours été aux petits soins pour elle, je la couvrais de cadeaux, je l’emmenais en voyage. Il n’y a pas un jour où je n’essayais de la surprendre. Bref, je l’aimais. Tu sais je l’aimais comme on ne peut aimer qu’une fois dans sa vie ».

Voilà, je sais ô combien tu es proche d’elle, mais je l’ai à présent rayée de ma vie. Ses valeurs ne sont pas les miennes et ne le seront jamais. A présent j’ai envie sincèrement de passer à autre chose. Ce n’est donc plus la peine qu’elle tente  de passer par toi pour essayer de me reconquerir. C’est mort.

Je suis desolé

Jérôme


¤

Voilà, tout y était : romantisme, loyauté, fidélité, amour, passion, sentimentalisme, sensibilité… du pur Bridget Jones. J ‘exposais l’image attendrissante d’un homme idéal blessé par une espèce de salope qui ne me méritait pas,  et qui par conséquent, avait par son indelicatesse,  puni trop longtemps toutes les autres célibataires du monde, de la chance de me rencontrer.

Compassion et curiosité étaient les leviers de l’intrigue, et je comptais bien sur elles pour attirer mes proies.

L’appât était lancé, il n’y avait plus qu’à attendre. J’ai attendu, pas très longtemps. Et ça a pris…ça a pris, mais pas du tout comme je le pensais

Pendant que je racontais tout dans le moindre détail, deux femmes, collègues de l’agent de sécurité  s’était rapprochées discrètement pour m’écouter . Quoiqu’un peu perturbé par ce comité d’écoute improvisé, je compris au regard insistant de l’agent que je devais continuer. Je m’exécutai.

Dans ces moments là, vous savez c’est comme une partie de poker en ligne. Impossible de quitter la table. J’ai mon paquet de clopes avec moi, ma bouteille de coca, de quoi manger… Tout est préparé à l’avance afin que je n’ai à manquer de rien. Il m’arrive de mener plusieurs discussions en simultané pendant quelques heures, alors il faut que je sois prévoyant. Le rythme doit être soutenu de manière continue. Si je relâche ne serait-ce que quelques minutes la pression, je donne l’occasion à ma victime de reprendre ses esprits, au risque  de la perdre.

J’étais donc prêt, quand environ une heure après l’envoi de mon mail, je vis le petit rectangle de ma messagerie facebook devenir rouge. Je peux vous garantir que même avec le temps , l’excitation reste la même, …je dirais même que c’est presque le meilleur moment de ce petit jeu…

 C’était elle…

 

(Suite des aventures de Jérôme à suivre dans 1 mois sur streetisrael )


Si vous n’aviez pas lu le 1er épisode

Si vous n’aviez pas lu le 2ème épisode